La lettre de Saint-Domingue

Guy Robin

"Ces papiers, ces parchemins laisss l depuis longtemps ne demandaient pas mieux que de revenir au jour. Ces papiers ne sont pas des papiers mais des vies d'hommes, de provinces, de peuples"

Michelet
Conservateur
des Archives nationales
de France en 1830


II . 1 - La lettre de Saint-Domingue

rdige par

Pelage Marie Dubos

(10/08/1753 - mars 1804)

Pelage Marie Dubos avait 31 ans quand il s'embarqua Nantes sur le navire 'La belle Henriette' pour Saint Domingue, le 27 fvrier 1785, en qualit de passager.

Il dbarqua, aprs 61 jours de mer, le 30 avril 1785 Saint Marc, 80 km au nord de Port-au-Prince.

Probablement, homme de loi, cela fait 18 ans qu'il est sur l'le, lorsqu'il rdige la lettre ouverte qui suit, une correspondante d'Angers, propritaire dans l'le, texte difficile lire par ailleurs et dans une orthographe et un franais ngligs et o il dcrit l'agonie de la plus importante et de la plus riche possession des Antilles franaises.

Le frre an de Guy Adlade, notre anctre, l'oncle du mdecin-maire de Mussy, a donc cinquante ans, et il va tre massacr, 5 mois aprs.

Port Rpublicain le 28 floral l'an 11me
(Port-au-Prince le 18 mai 1803)

Madame

Monsieur Mauduit est arriv ici, le 9 de ce mois (29 avril). Il m'a remis votre lettre et l'exemption de Mr votre frre. Cette exemption ne pressait gure, l'arrt des consuls du 16 fructidor an 10 (3 sept. 1802) est une de ces prcautions inutiles, un de ces demi-moyens qui trahissent la faiblesse ou l'esprit vexateur de celui qui les suggre et qu'un chacun lude de manire ou d'autre avec d'autant plus de facilit qu'ils blessent la libert des personnes, un des premiers principes sur lequel repose la constitution actuelle. Cet arrt n'a reu aucune excution dans la colonie.... Eh en effet, rtablissez y l'ordre avant de me faire une ncessit de m'y rendre. Je vous dirai plus Madame, dans l'opinion o l'on tait ici, que l'on voulait l'extermination entire des habitants propritaires de la Colonie.

En rapprochant cet arrt de l'tat de troubles et de dsordres o tait le Pays, on peut imaginer que c'tait un parti pris. Mr Mauduit vient de s'offrir une fivre qui, heureusement pour lui n'a pas eu de suite. Il en a t quitte pour huit dix jours d'une dite svre et quelques mdecins.

Il faut esprer que cette maladie comptera pour lui pour la maladie du .(?). qui continue moissonner les deux tiers des arrivants, ainsi calculez l dessus en nous envoyant les renforts dont nous avons tant besoin. Et surtout envoyez-nous un gnral en chef qui fait administrateur, ou au moins, un peu plus que soldat. Jusqu' prsent c'est principalement ce qui nous manque. On s'est plaint de Mr Leclerc, on a peut-tre raison, mais qu'a fait de plus, le soldat Rochambeau ?, uniquement occup de ses plaisirs.

Il a laiss ruiner le peu de ce pays qui offrait encore quelques esprances la mort de Mr Leclerc































Haiti colonial

(mort des fivres le 2 nov. 1802) au lieu de porter son attention vers la partie du sud, qui partir du Petit-Gove jusqu' l'Arcahaye, alimentait encore notre trs petit cabotage et pouvait encore fournir au chargement de quelques navires de commerce, il a couru au Cap o tout tait perdu et o par consquent, il n'y avait qu' se tenir sur une dfensive, toujours facile contre les ngres, dans une ville tant soit peu palissade et a livr ou abandonn ainsi aux ngres, la partie du sud, que bientt ils ont parcourue la torche la main et incendie compltement, tel point qu'en ce moment les franais y sont enferms dans les places des Cayes, de St Louis; du fort d'Arcahaye au bord de la mer, de l'Anse--Veau, ils sont matres encore, de quelques tendues de terre dans le quartier de Jrmie mais ils y sont tellement presss qu'on craint bien que le gnral Jarrafin ne puisse y arrter longtemps les progrs que le gnral jacobin Darbois y a si cruellement propags par les noyades et les vacuations concertes afin de piller en reprenant les lieux vacus.

Dans l'ouest, renferms galement dans la dtresse, dans les villes de St-Marc, de Logane et de Jacmel, ils jouissent encore de ce qui reste dans la plaine du Cul-de-Sac (arrire pays de Port-au-Prince), dans la montagne, des Grands-Bois et au Mirebalais que couvre encore le peu de forces qui se trouvent dans cette ville.

Mais en ce moment ces trois quartiers sont grandement menacs d'une invasion et il est craindre que vos hros franais n'y fassent que de l'eau claire ainsi qu'ils le font partout. Leur bravoure ne les a pas abandonns sans doute mais plus ou moins chargs de rapines. Ils sont moins actifs, moins entreprenants et les soldats par une consquence naturelle moins bien conduits, comptent l'ennemi au lieu de fondre sur lui et sont extermins au dtail, lorsqu'on a affaire des ngres. Sans les mpriser, il faut se comporter avec eux avec audace, accoutums se voir contenus, cent et deux cents, quelquefois plus, par un ou deux blancs. Il faut prendre garde de leur laisser apercevoir qu'on les craint, qu'on est gure 'mouton France' comme ils s'expriment, qu'un 'danda', autre terme de mpris dans leur langage.

On les a constamment vus, et vos hros en sont tmoins chaque jour, on les a constamment vus (bis) fuir devant les gardes nationales ou dragons nationaux du pays, blancs ou autres, quoique, mme en nombre ..(?).. et plus, de ceux qui les chargeaient.

Me voil bien loin de vous Madame et de votre protg, je terminerai cette digression en vous disant que tant que Bonaparte ne nous enverra pas ici un d'Ennery, c'est dire un homme vraiment et uniquement occup du bien de la colonie, le trouble et le dsordre s'y perptueront encore longtemps.

Vous avez appris Madame la mort de Mr Fauleon, c'tait un homme vraiment estimable et qui brlait du dsir de faire quelque chose. A peine tait-il arriv, que la mort l'a enlev. J'ai adress Mr votre pre, l'inventaire fait aprs sa mort, tant de ce qui lui appartenait, que la pacotille de parfumerie que Mr votre pre l'avait charg de vendre, moiti dans les bnfices. J'ignore si la facture de cette pacotille qui s'lve prs de 5000 francs est enfle, mais je m'estimerai fort heureux si le produit de la vente s'lve ce prix. Il est vrai que ces sortes de pacotilles se sont grandement multiplies, et d'ailleurs que ce n'est que le dtail qui peut en assurer les bnfices un peu considrables. Cette sorte de dtails n'eut pas gn Mr Fauleon et ne l'eut pas constitu en de grandes dpenses parce qu'il l'eut fait tout en exerant l'tat d'horloger et qu'il ne lui pas fallu louer une boutique exprs.

Mais encore ce n'est qu'avec un long temps, qu'il eut pu venir bout de tous dtailler cause de la concurrence des perruquiers, marchands de mode et autres qui tiennent aussi des articles de parfumerie.

A peine au moment de sa mort, le 9 nivse (30 dc. 1801) en avait-il vendu pour 995 francs argent de France quoiqu'il n'y ut qu'un mois qu'il avait ouvert boutique. A en juger par le dbut, il lui aurait fallu plus de 18 mois pour tout vendre au petit dtail. Je viens de rpondre Madame votre question sur Mr Fauleon et sur la pacotille de Mr votre pre, mais ajoutez-vous, tes-vous dans un tat assez tranquille pour faire des avances ? pour tenter quelques dpenses sur l'habitation ? La digression o je suis entr plus haut rpond en partie cette seconde question. Mais de nouveaux vnements se prsentent dans ce quartier et je crois devoir en attendre le rsultat avant de fermer cette lettre.


du 29 floral an 11me
(19 mai 1803)

J'ai reu hier une lettre de Mr votre pre, date d'Angers du 25 fvrier 1803, il m'annonce qu'il a reu mes lettres du 24 brumaire (15 nov. 1802) et 6 frimaire (27 nov. 1802) derniers et il a la bont de me tmoigner la satisfaction des dtails qu'elles contiennent. Je ne suis pas homme, Madame, rpandre l'alarme dans l'me de ceux qui j'ai l'honneur d'crire, mais je ne suis pas homme non plus les bercer d'esprances incertaines, d'esprances qui souvent n'ont d'autres fondements que des raisonnements creux. J'aime voir clair en tout : la colonie est certainement aujourd'hui plus malade sans contredit que jamais. Elle avait t dans le cours de cette rvolution, mais ce n'est pas une raison d'en dsesprer, les ressources sont toujours trs grandes et lorsque la France le voudra bien, oui bien; c'est dire lorsqu'elle enverra ici, non l'cume de ses gnraux, mais un gnral qui sache la fois commander son arme et administrer en pre et non en tyran le pays, un gnral tout la fois instruit et anim de bonnes intentions, ferme surtout sans enttement, juste sans acception (?) des personnes et bon avec discernement. Avec un pareil homme, le mal serait moiti rpar, la confiance renatrait dans toutes les classes, le malheureux habitant reprendrait courage en voyant l'ordre rgir dans l'administration coloniale, et les proprits et la personne respectes qui, aujourd'hui, sont exposes aux entreprises les plus dcourageantes de la part du moindre officier en place. A cette occasion, il n'est peut-tre pas inutile de vous prmunir contre les actes publics qui manent de nos gouvernants et que vous pourriez rencontrer dans les papiers publics du continent.

Rgle gnrale 1 les rapports militaires ne sont que charlatanerie, on y exagre le moindre petit avantage, on tait avec soin les checs essuys par nos braves et on y prte l'un et l'autre, suivant le degr d'affectation qu'on lui porte, des actes de bravoure qui ne lui appartiennent pas et surtout, on y dguise absolument le vritable tat des choses. Sans doute que par des rapports particuliers, on instruit plus particulirement le gouvernement, car s'il ne l'tait que par les ordres du jour, ce serait une espce de trahison digne de toute la svrit des lois.

2 Les arrts et autres actes administratifs ne sont publis et rendus que pour la forme; ce sont pour le malheureux colon autant d'avis de se tenir sur ses gardes pour ne pas se trouver expos aux abus qu'ils dsignent plus qu'ils ne cherchent les prvenir, car il est de .?.... reue dans l'arme que les lois et arrts ne sont pas faits contre elle mais seulement pour elle, c'est dire qu'ils peuvent s'en prvaloir contre le passant, mais jamais celui-ci contre eux. Ce dernier trait suffit seul, de vous peindre au vrai la situation du pays et de ses malheureux habitants.

------------------------------------------------------- du 30 du dit -----------------------------------------------------

(20 mai 1803)

La lettre de Mr votre pre m'apprend qu'il se consolait un peu des nouveaux dsastres dont je lui faisais part, par le bruit qui s'tait rpandu Angers que 14000 hommes, arrivs ici en frimaire, (21/11 - 20/12) avaient en dbarquant confondu les ngres dans la plaine de la Croix-des-Bouquets et il ajoutait dans l'exaltation de son me, nous dsirons bien qu'il en soit ainsi et que vous soyez bientt dlivrs sous peu, des tourments qui vous dsolent. Et voil comme se font les nouvelles, ces 14000 hommes taient tout au plus 1400 de la 86me demi brigade qui l'un aprs l'autre ont t victimes du climat plutt que celles des brigands et le haut fait qui a donn lieu cette grande nouvelle est tout bonnement la dfaite de quelques centaines de ngres qui avaient os s'avancer dans la plaine de la Croix-des-Bouquets. L'ordre du jour en fait honneur au chef de brigade Nerond, espce de jacobin et de terroriste, mais ayant appartenu l'arme d'Egypte et sous ce point de vue, officier intressant pour le gnral Rochambeau, qui n'tait pas fch de faire la cour au 1er consul, en proclamant ainsi un de ses compagnons d'Egypte. Il n'y aurait pas grand mal cela si, pour rehausser l'clat de cette petite action due toute entire la garde nationale et aux dragons nationaux de la Croix-de-Bouquets, on n'y avait insr le mensonge le plus hardi en reprsentant la plaine du Cul-de-Sac comme une portion intacte de la colonie, lorsque prs des deux tiers des habitations y taient entirement abandonnes et que sur les autres, on y travaillait que l'arme d'une main et la houe de l'autre et qu' peine en retirait-on le prix de ces avances, voil comme on abuse le propritaire, comme on trompe le commerce.

Mais le chef de brigade Nerond sera fait adjudant commandant. N'est-ce donc rien ?

Eh bien, le valeureux adjudant commandant vient hier la tte des quatre cinq cents hommes de la 5me lgre et de la garde du gnral Rochambeau appuye d'une pice de canon de faire une retraite un peu prcipite devant aussi quelques centaines de ngres venant du cot de l'Arcahaye. Les ordres du jour se sont tus en cette occasion, comme en celle des 60 hommes envoys au secours de Logane, le 9 germinal (30 mars) et en celle de l'expdition du Petit-Goave le 7 du mme mois. Petites affaires qui ont caus l'arme, avec le dsagrment de trois checs, au moins Logane et au Petit-Goave, prs de 300 hommes tus ou mis hors de combat. Je ne puis rsister au dsir de vous instruire d'une circonstance du dpart de cette expdition Petit-Goave faite, pour vous donner une juste ide de l'esprit dsorganise l'arme de St Domingue. Jusqu'au dernier sous-lieutenant, avait calcul sur le pillage qu'on s'en promettait et s'tait muni en consquence de sacs de caf, qu'il se promettait de remplir aux dpends mme des propritaires. Car ils ont pour maxime que le propritaire perd tout droit sur la proprit lorsqu'il a t forc de l'abandonner par une vacuation quelle qu'elle soit, ne serait ce que pour quelques moments. Avec un pareil esprit, qui sera surpris des nouveaux dsastres de ce pays et du peu de succs d'une arme qui ne rve que de butin ? On ne butine, on ne s'engraisse promptement que dans le dsordre et la dvastation. Tmoin, le gnral Darbois, dans le canton de Jrmie , riche de prs d'un million, tmoin x. x., tous ceux qui retournent de ce pays en France avec une espce de fortune ou qu'il font des remises considrables, ce ne sont pas les conomies sur leur traitement, qui leur est mal pay, qui peuvent enfler leur trsor ou fournir pareilles remises ?

Qu'attendre de gens qui ne remuent qu'au son de l'argent ?

---------------------------------------------------- du 27 prairial an 11 ------------------------------------------------

(16 juin 1803)

Les vnements qui se prsentaient lors du dernier article de cette lettre m'ont engag ne pas la fermer avant que je puisse vous instruire de leurs rsultats. Les brigands commenaient se prsenter en force dans la plaine du Cul-de-Sac, le Mirebalais tait envahi par Dessalines et les Grands-Bois, forcs d'vacuer le 9 de ce mois (29/05). Le gnral en chef cru devoir renforcer les divers postes de la plaine; le gnral Fraissinet commandant la division de ce dpartement, est charg de garantir la plaine de l'invasion qui la menaait, le dix, il pouse la seconde des filles naturelles de Mr Bellanger-Desboulets qui lui assure dit-on, dix mille francs de rente en France, ainsi qu'il les avait assurs au commandement de cette place, Panisse, qui avait pous la premire de ses deux filles naturelles.

Les malheureux incendies de la plaine, ont t attribu l'espce de fort qu'il se faisait par ce mariage, le non succs de ses oprations en plaine et le peu de zle qu'il a paru mettre la conservation de leurs proprits, la dfense que le 12 de ce mois (01/06) quinze gardes nationales ont fait dans le block-house de l'habitation Borgello contre 12 15 cents assaillants dont ils ont tu 25 avant qu'on arrivt leurs secours. La rsistance que le grant de l'habitation Ogoman (Viet) la tte de cent quelques ngres arms a fait pendant une journe entire dans le block-house de cette habitation 4 lieues de la Croix-des-Bouquets contre Dessalines en personne et peut-tre deux mille ngres brigands, le 19 de ce mois (08/06) avaient pu apprendre aux troupes europennes ne pas ..(?).. du nombre. Mais quand on a peur on n'y avait pas si bien (?) . Le mme jour 19, prs de 200 hommes de la 89me, envoys la Croix-des-Bouquets au secours de Viet se laissent envelopps par les ngres brigands et prs de la moiti y prir.

Malheureusement c'est dans cette circonstance qu'un avis arrive de France, le 20 du dit (09/06), avec 130 hommes de recrues, annonant que la guerre entre la France et l'Angleterre menace de se rallumer.

Sur cet avis, ordre du gnral en chef l'tat-major de l'arme de se mettre en mesure d'tre transport au Cap sur les btiments de l'escadre. Cet ordre, bientt comme des femmes, formant, comme on s'exprime ici son srail, les voil en mouvement (avec) tout ce qui leur tient de prs ou de loin.

Eh bien, le valeureux adjudant commandant vient hier la tte des quatre cinq cents hommes de la 5me lgre et de la garde du gnral Rochambeau appuye d'une pice de canon de faire une retraite un peu prcipite devant aussi quelques centaines de ngres venant du cot de l'Arcahaye. Les ordres du jour se sont tus en cette occasion, comme en celle des 60 hommes envoys au secours de Logane, le 9 germinal (30 mars) et en celle de l'expdition du Petit-Goave le 7 du mme mois. Petites affaires qui ont caus l'arme, avec le dsagrment de trois checs, au moins Logane et au Petit-Goave, prs de 300 hommes tus ou mis hors de combat. Je ne puis rsister au dsir de vous instruire d'une circonstance du dpart de cette expdition Petit-Goave faite, pour vous donner une juste ide de l'esprit dsorganise l'arme de St Domingue. Jusqu'au dernier sous-lieutenant, avait calcul sur le pillage qu'on s'en promettait et s'tait muni en consquence de sacs de caf, qu'il se promettait de remplir aux dpends mme des propritaires. Car ils ont pour maxime que le propritaire perd tout droit sur la proprit lorsqu'il a t forc de l'abandonner par une vacuation quelle qu'elle soit, ne serait ce que pour quelques moments. Avec un pareil esprit, qui sera surpris des nouveaux dsastres de ce pays et du peu de succs d'une arme qui ne rve que de butin ? On ne butine, on ne s'engraisse promptement que dans le dsordre et la dvastation. Tmoin, le gnral Darbois, dans le canton de Jrmie , riche de prs d'un million, tmoin x. x., tous ceux qui retournent de ce pays en France avec une espce de fortune ou qu'il font des remises considrables, ce ne sont pas les conomies sur leur traitement, qui leur est mal pay, qui peuvent enfler leur trsor ou fournir pareilles remises ?

Qu'attendre de gens qui ne remuent qu'au son de l'argent ?

---------------------------------------------------- du 27 prairial an 11 ------------------------------------------------

(16 juin 1803)

Les vnements qui se prsentaient lors du dernier article de cette lettre m'ont engag ne pas la fermer avant que je puisse vous instruire de leurs rsultats. Les brigands commenaient se prsenter en force dans la plaine du Cul-de-Sac, le Mirebalais tait envahi par Dessalines et les Grands-Bois, forcs d'vacuer le 9 de ce mois (29/05). Le gnral en chef cru devoir renforcer les divers postes de la plaine; le gnral Fraissinet commandant la division de ce dpartement, est charg de garantir la plaine de l'invasion qui la menaait, le dix, il pouse la seconde des filles naturelles de Mr Bellanger-Desboulets qui lui assure dit-on, dix mille francs de rente en France, ainsi qu'il les avait assurs au commandement de cette place, Panisse, qui avait pous la premire de ses deux filles naturelles.

Les malheureux incendies de la plaine, ont t attribu l'espce de fort qu'il se faisait par ce mariage, le non succs de ses oprations en plaine et le peu de zle qu'il a paru mettre la conservation de leurs proprits, la dfense que le 12 de ce mois (01/06) quinze gardes nationales ont fait dans le block-house de l'habitation Borgello contre 12 15 cents assaillants dont ils ont tu 25 avant qu'on arrivt leurs secours. La rsistance que le grant de l'habitation Ogoman (Viet) la tte de cent quelques ngres arms a fait pendant une journe entire dans le block-house de cette habitation 4 lieues de la Croix-des-Bouquets contre Dessalines en personne et peut-tre deux mille ngres brigands, le 19 de ce mois (08/06) avaient pu apprendre aux troupes europennes ne pas ..(?).. du nombre. Mais quand on a peur on n'y avait pas si bien (?) . Le mme jour 19, prs de 200 hommes de la 89me, envoys la Croix-des-Bouquets au secours de Viet se laissent envelopps par les ngres brigands et prs de la moiti y prir.

Malheureusement c'est dans cette circonstance qu'un avis arrive de France, le 20 du dit (09/06), avec 130 hommes de recrues, annonant que la guerre entre la France et l'Angleterre menace de se rallumer.

Sur cet avis, ordre du gnral en chef l'tat-major de l'arme de se mettre en mesure d'tre transport au Cap sur les btiments de l'escadre. Cet ordre, bientt comme des femmes, formant, comme on s'exprime ici son srail, les voil en mouvement (avec) tout ce qui leur tient de prs ou de loin.

L'alarme est dans toute la ville, il n'y a pas assez de btiments de transport pour tous ceux qui voudraient fuir un pays qu'ils regardent comme perdu (mais dans la vrit qui n'a jamais t aussi malade). Les brigands parcourent la plaine la torche la main n'y laissant bientt rien intact. Les habitations les plus considrables, sont incendies entirement, cannes, tablissement ; tout a disparu et les cultivateurs qui restaient sont entrans de gr ou de force. Telle est la situation de la plaine, figurez-vous maintenant celle de ses habitants qui se regardent maintenant comme compltement ruins. Imaginez les conjectures auxquelles se livrent leurs esprits justement inquiets; la perte de ce qu'ils avaient et leurs esprances trompes les occupent peut-tre moins que l'affreux avenir qui se prpare pour la colonie Si la guerre avait lieu entre la France et l'Angleterre, dj ils se voient bloqus au dehors, les approvisionnements de bouche intercepts et les ngres brigands les inquitant au dehors et les privant des ressources du pays, tels que vivres de terre qui substantivaient au moins les trois quarts de la population des villes et bourgs, la disette la plus affreuse s'offre leur imagination avec toutes ses horreurs ; et la France ne saura pas gr ceux qu'un peu plus de courage que ceux qui partent, retient encore dans un pays qui, peut-tre, ne doit ses malheurs actuels qu' la mauvaise conduite des gnraux qu'elle y a envoy.

Je ne perds pas courage, je reste et je suis dtermin courir les hasards du moment.

(N.D.L.R. : A mon avis, il a eu tort, il ne faut pas confondre courage et aveuglement)

Le grand juge vient de me nommer pour suppler le commissaire du gouvernement prs le tribunal de 1re instance de cette ville qui part pour la France pour cause de maladie. Mr Desperoux auquel a succd le grand juge actuel, m'avait port dans son travail comme commissaire du gouvernement auprs d'un des tribunaux d'appel de cette colonie. L'intrigue m'en avait cart sa mort ; la rigidit de mes principes, peu compatible avec l'esprit de corruption qui dirige assez gnralement les employs de l'ordre judiciaire, ici comme ailleurs, m'avait beaucoup nui en cette circonstance et avait donn lieu, m'a-t-on dit, de me reprsenter au capitaine gnral Leclerc, comme un tracassier qui ne sympathisait avec personne. L'envie et l'intrigue qui me poursuivait, n'avaient heureusement pas d'autres reproches me faire. On rendait justice ma capacit mais on redoutait la rigidit de mes principes

(N.D.L.R. : Il semble qu'il fut aussi caractriel que son pre, le professeur de droit, qui, d'aprs ce que j'ai lu Angers, faisait procs tout le monde)

Hlas, je sais trop que dans les temps o nous vivons, on ne peut pas faire le mieux. Je sais que, s'il faut avoir les yeux sur tout, il faut apporter beaucoup de mnagement et d'adresse dans la rpression des abus qui ne tendent pas directement la subversion du bien public. Si par un heureux effet du hasard, vous pouviez Madame m'tre utile auprs du ministre des colonies, j'ai l'honneur de me recommander votre bon souvenir. Je ne vois pas, il est vrai, de place vacante dans l'ordre judiciaire, mais je les vois assez gnralement mal remplies, ce qui est peut-tre pis. Me voil encore loin du sujet qui vous occupe, de votre habitation et des ressources qu'elle peut offrir pour sa restauration; les cultures en sont compltement dvastes et ruines en ce moment, mais la sucrerie du Moulin et les cafs ngres ont chapp jusqu'aujourd'hui la torche des incendiaires, les cultivateurs l'ont abandonn. Mais on peut esprer qu'avec le retour de l'ordre dans le pays, il en rentrerait encore assez pour rtablir avec le temps, les cultures et offrir des produits suffisants au propritaire.

Mais......... mais quand peut-on compter sur le retour de l'ordre ? Il dpend moins du nombre des forces que la France nous enverra que d'un capitaine gnral, aussi bon gnral en chef que bon administrateur. Le 25 de ce mois (14/06), les brigands, matre de la plaine du Cul-de-Sac tentaient de s'tablir porte de canon de la Croix-des-Bouquets de manire intercepter ou au moins gner grandement la communication de ce bourg avec celle de la ville. Le gnral Lavalette instruit de leurs desseins s'est port vers eux avec 4 5 cents hommes de la garnison de la Croix-des-Bouquets et les a compltement battus; ils ont eu l'audace de s'avancer en bon ordre et au pas de charge pour enlever deux pices de canon qui les battaient, mais la leur tmrit n'a pas tenu aux dcharges de ces deux pices et la mousquetterie des grenadiers de la 5me qui les soutenait, ils se sont dbands et les chasseurs de la 5me les ont poursuivis jusque dans les bois qui sont toujours leur refuge. Le capitaine des grenadiers de la 5me, un adjudant et un soldat ont t tus dans cette affaire, on compte aussi une trentaine de blesss de notre cot, les ngres ont ramass leurs blesss et emport une partie de leurs morts, mais, d'aprs ce qu'ils ont laiss sur le champ de bataille, qu'on porte quarante, on peut aisment conjecturer que leur perte, tant en tus qu'en blesss, s'lve au moins 9 ou 11 cents en ne l'estimant que dans la proportion de la ntre.

----------------------------------------------------- 28 prairial an 11 -------------------------------------------------

(17 juin 1803)

L'escadre compose d'un vaisseau que monte le vice-amiral Latouche et de six frgates et plusieurs btiments de transport, a fait voile ce matin six heures pour le Cap. Elle emmne avec elle, l'tat-major de l'arme, les bureaux de l'administration de l'arme et la garde du gnral en chef, ce qui peut, avec les domestiques, former une masse d'hommes de 5 6 cents. Elle emmne en mme temps, outre les femmes attaches l'arme, au moins 80 100 femmes blanches de cette ville. On estime aussi les personnes du sexe de toutes les couleurs qui partent avec l'arme avec leurs servantes au nombre de 5 6 cents. On compte sur prs de 2000 bouches de moins dans cette ville. Les belles dames, il faut en convenir, emportent avec elles, les bndictions de toute la ville. Elles ont depuis longtemps jet leurs bonnets par-dessus les moulins (j'aime bien l'expression) et ne s'en inquitent gure.

Mais malheureusement, ces bndictions accompagnent aussi le gnral en chef et elles ne sont pas, cet gard, aussi indiffrentes pour la colonie. Ce n'est pas sans doute un mal, d'avoir une forte passion pour les femmes mais s'en est un pour un gnral en chef, pour un administrateur, d'en faire sa principale affaire et de se laisser gouverner par elles ou par leurs tenants; surtout lorsqu'elles n'ont aucun mrite fait pour leur exciter l'estime publique et pour justifier jusqu' un certain point la passion ou plutt le libertinage qui l'entrane avec elles.

---------------------------------------------------- 14 messidor an 11 ------------------------------------------------

(3 juillet 1803)

En attendant une occasion pour France ( mon avis, trop tard !), je laisse cette lettre ouverte, toujours prs y ajouter ce qui peut arriver ici d'heureux ou de fcheux. Pour ne rien dguiser Madame de la situation de la colonie et de ses habitants, elle n'a jamais t aussi dsastreuse depuis le commencement de la rvolution jusqu' ce jour. Vos Leclerc et tout vos gnraux n'ont fait et ne font encore que des sottises.

Aucun d'eux n'a connu le fort et le faible de ce pays, ils se sont laisss conduire par leur prvention et, sans s'en apercevoir, se sont laisss entrans l'esprit de parti qui domine dans ce pays contre une classe d'homme que l'ancien gouvernement, clair par une longue exprience, considrait comme la principale force employer contre les ngres, au lieu d'en tirer le parti qu'on pouvait s'en promettre en les employant avec sagesse et discrtion, ils se les sont alins en les pendant, noyant et fusillant sans forme de procs (ici, l'analyse est bonne) et la plupart n'ayant d'autre tort que de tenter leur insatiable cupidit.

Le gnral Sarrasin pris le 10 de ce mois (29/06), le commandement de la division. A peine en fonction, sans gard au dcouragement gnral des habitants de cette ville, il s'est occup des moyens de remplir les coffres du trsor de la division que le gnral Rochambeau avait vids en partant.

Il demande que ceux des habitants les plus riches de cette ville lui fournissent un dragon quip et mont ou bien une gourde par jour, (la gourde est toujours, l'heure actuelle, la monnaie du pays) entre ses mains. Il dbute par une concussion assez lourde, a quoi ne devons nous pas nous attendre ?

Notre ville offre encore quelques ressources, mais une administration de guerre telle quelle, existe dans la colonie comme dans un pays conquis, et est plutt faite pour les desscher que pour les faire germer. Les concussions amnent les vexations. Nos municipaux sont aux arrts chez eux, jusqu' ce qu'ils lui aient fait les fournitures qu'il exige de la Commune. Jugez quelle confiance, quelle scurit peut exister dans cette ville ! Pour comble de malheur, nous apprenons aujourd'hui, que les Anglais ont commenc les hostilits sur nos ctes. Leur escadre, la hauteur du Mle a attaqu 'La Poursuivante' qui, des Cayes, se rendait au Cap et a t assez adroite pour leur chapper en leur envoyant quelques chantillons de ses batteries qui, assure-t-on, leur ont caus quelques dommages.

Vexs, concussions au-dedans, bloqus au-dehors, la plus affreuse dtresse est sur le point de mettre le comble aux maux que nous prouvons. Ce qui restait de votre habitation a t entirement consume par le feu. De deux mois, il ne reste plus de moulins sucre en plaine que sur les habitations Drouillard, Santo, Damiens et Bourgogne. Sur chacune desquelles, il y a un poste militaire, tout le reste a subi le sort de la vtre.

--------------------------------------------------- 19 thermidor an 11 ------------------------------------------------

(7 aot 1803)

La farine manque en cette ville, les vivres de terre y sont trs rares et proportionnellement plus chers que le pain ou le biscuit. Le pain d'une demi-livre s'y vend 17 sous six deniers tournois ou un quart de gourde. Les vivres de terre, les patates, les bananes y ont quadrupls de valeur. Trois patates mdiocres, une banane s'y vendent dix sous tournois ou un escalin de la colonie. Le baril de farine de 180 L s'y vend 50 gourdes, 275 francs, la barrique de vin, le mme prix. Chacun fuit une terre inhospitalire, les femmes surtout, de toute couleur s'embarquent par centaine sur chaque petit btiment partant. Le plus grand nombre se rfugie sur Cuba, et tous, on peut l'assurer sans une gourde dans leur poche. La misre et le dcouragement sont leur comble. Le gouvernement se mfie de la garde nationale, il redoute le mcontentement. Les habitants se mfient de lui, ils craignent qu'il ne mette le comble la honte en vacuant nocturnement. Les Anglais ayant enlev le brick qui tait en station Logane. Pour maintenir la communication avec la garnison de ce poste, le gnral Sarasin a jug ncessaire d'vacuer ce poste, ce qui a eu lieu le 28 du mois dernier (17/08) et avec peu d'ordre et une telle pouvante de la part des troupes europennes que le nombre des ngres tonnent toujours, que sans la bravoure d'un dtachement de la garde nationale de cette ville, compos de gens de couleur accoutums ne considrer les ngres que pour ce qu'ils valaient autrefois leurs yeux et certes la rvolution n'en a pas encore fait d'autres hommes.

Il est probable que les vacuants et ceux qui avaient t leurs secours, auront laiss la plus grande partie d'entre eux au pouvoir des ngres qui les assaillaient dans leur retraite, ainsi qu'ils ont laiss deux pices de quatre en bronze et les caissons mais heureusement embourbs dans un lagon au travers duquel, dans sa frayeur, le commandant de cette expdition avait pris sa route, malgr tout ce qu'avaient pu lui dire les gens du pays. Le gnral Lavalette, commandait de cette expdition en chef mais prudemment, ce qui assure-t-on ne contribua pas peu au dcouragement de la troupe, il avait cru devoir rester en mer sur le btiment qui l'avait apport.

Le lendemain 29 (18/08), le gnral Sarasin a tabli une commission de sige et a rtabli la contribution de guerre que le gnral Leclerc, dans un moment moins dsastreux de beaucoup, avait cru devoir rapporter au vendmiaire dernier (23/09 - 22/10 1802). Sans argent, sans subsistance, pense-t-il que des commissions lui en procureront ?

Le 6 de ce mois (25/07), sur la proposition que lui en a fait la Commune de cette ville, est parti d'ici pour la Jamaque, un parlementaire qui a pour objet de traiter avec les ngriers de cette le, de l'approvisionnement de la division de l'ouest. La Commune de Port Rpublicain lui demande, dit-on cet effet, mille douze cents barils de farine par mois qui seront pays au taux convenu, quand bien mme il lui en viendrait d'ailleurs meilleur march.

Le gnral Sarasin vacue cependant huit neuf cents malades sur le Mle et dlivre des passeports toutes les personnes se prsentant. C'est toujours autant de bouches de moins dans cette place qui est la veille d'prouver une disette affreuse. La baie de cette ville est infeste de barques de ngres, qui dj nous ont enlevs, la vue, six ou sept lieux de distance, des btiments amricains chargs de farine.

Pareils accidents ne nous prparent pas un avenir consistant. Et nous sommes ici depuis plus d'un mois sans aucune nouvelle d'autre lieu de la colonie et ce qui est plus chagrinant, sans nouvelle de ce qui se passe entre France et Angleterre, sans autres nouvelles de guerre que les hostilits que les Anglais commettent sur nos ctes. On publie aujourd'hui que Jacmel, bloqu depuis une anne vient d'vacuer sur les Cayes, on ne sait pas d'o vient cette nouvelle. Nous venons d'avoir sur l'habitation Vandreuil la Croix-des-Bouquets un succs sur les ngres qui a un peu rassur nos esprits.

Le capitaine Viet, grant de l'habitation Ogoman, connu et redout des ngres de ce quartier parce que par deux fois, il a t les relancer dans le fond de leur repaire, avait obtenu du gnral Sarasin, la permission d'aller la tte d'un dtachement de 2 ou 300 hommes, moiti garde nationale et moiti de la 5me lgre, de faire des vivres de terre dans le canton de la Croix-des-Bouquets. Arrivs sur l'habitation Vandreuil une lieue de la Croix-des-Bouquets, Viet qui s'tait avanc jusque l, que pour attirer les ngres des postes qu'ils ont au pied de la Montagne de Bellevue, fait les dispositions et les laissent approcher patiemment. Ils venaient lui par trois colonnes dans l'intention de leur ....?...,

aussitt qu'ils sont la porte. Il fond sur la colonne qu'il avait en tte dans la savane de l'habitation, tandis que quelques pelotons qu'il avait distribus habilement, tournent les autres colonnes en les prenant en flanc. Bientt la droute est complte parmi eux, on estime leur perte deux cents, tant tus que blesss, on a ramen 60 80 de leurs fusils. Ainsi un dtachement de 300 hommes conduits par un homme qui connat cet ennemi, a mis en droute complte trois colonnes de ces ennemis formant en masse prs de 8 9 cents hommes environ. Il n'est pas craindre ces ennemis mais il faut savoir les combattre et pour le savoir, il faut le connatre ainsi que le pays.

--------------------------------------------------- 30 thermidor an 11 ------------------------------------------------

(18 aot 1803)

Le 19 de ce mois (07/08) nous apprenons l'vacuation de Jrmie et de Sertal par les troupes sous les ordres du gnral Fressinet qui, ds le 6 (23/07), avait capitul avec Fieron, homme de couleur, commandant l'arme des indignes contre Jrmie. Cette nouvelle redouble les alarmes et le dcouragement des habitants qui ne pouvaient plus se dissimuler que l'vacuation de la colonie ne fut un parti pris parmi les chefs de l'arme de St Domingue, un reste de pudeur les arrte encore.

Ils pient le plus lger prtexte que les circonstances pourraient leur fournir. Un nouveau succs que la garnison de la Croix-des-Bouquets vient d'obtenir le 24 (12/08) sur les insurgs qui lui avaient intercept l'eau qui l'abreuvait dans le bourg, ajoute en quelque sorte leur embarras, en mettant en vidence au moins clairvoyant, qu'avec un peu d'habilet dans ce mtier de la guerre, cet ennemi peut tre contenu longtemps encore dans ses repres.

Le gnral Rochambeau cependant affecte d'agir comme si l'vacuation du pays tait fort loign de son esprit. Il vient d'organiser une nouvelle administration financire ou plutt il vient de la remettre sur le pied o elle tait au commencement de la rvolution. Jusqu' ces derniers jours, cette administration tait rgie par la guerre qui, sans aucun bnfice pour la colonie ... .......... 50 milles hommes et 160 millions de francs. La voil remise entre les mains de la marine dont on espre plus d'conomie. Mais c'est un peu tard pour s'en aviser. Le gnral Sarrasin, moins, par esprit de justice que dans le dessein d'amener Alphonse Colbert a lui faire part d'une partie de ses ....... et dilapidation, le pressait de lui rendre le compte de son administration et surtout d'....... de 150 milles rations dont la consommation ne paraissait pas justifie. Colbert, mis aux arrts, frte une felouque et s'chappe le 25 de ce mois (13/08) l'insu de la garde qui veillait la porte, emmenant avec lui 17 malles tant grosses que moyennes; il arrive heureusement Santiago de Cuba.

L'ordre d'vacuer St-Marc tait donn et le gnral Sarrasin faisait les dispositions pour vacuer cette ville le 3 du mois prochain, lorsque le 29 de ce mois (17/08) arrive du Cap, un aide de camp du gnral Rochambeau qui lui apporte la permission de partir pour France suivant sa demande.

Ses prparatifs taient faits, ses richesses taient charges sur le ....... 'Le .........-.......'. A la rception de cette permission, il s'embarque sans diffrer et remet le commandement de la division au gnral Lavalette qui, ds le jour mme, annonce mensongrement dans une proclamation qu'il fait afficher qu'il n'tait pas dans l'intention du gouvernement d'vacuer cette ville et envoie St-Marc l'ordre de tenir bon.

-------------------------------------------------- 16 vendmiaire an 12 ---------------------------------------------

(9 octobre 1803)

Depuis le prcdent paragraphe, il s'est pass de grands vnements dans ce dpartement et Dieu sait ce qui se prpare pour la suite. A peine le gnral Sarrasin tait parti que le 1er fructidor (19/08), le gnral Lavalette entre en pourparlers avec les rvolts camps aux environs de cette ville.

Ils exigent au pralable qu'on abatte la potence que le gnral Rochambeau avait lev, il y a prs d'une anne; et la potence qui n'aurait jamais d tre leve et qui depuis longtemps n'tait plus qu'un monument de la faiblesse de l'arme, aprs avoir t pendant quelques temps le thtre de plusieurs atrocits, qui avaient plus servi irriter les esprits qu' les comprimer parce qu'il est difficile de n'en comprimer en ce genre parmi des hommes qui, comme les rvolts, pouvaient se parler de tout, vivre au milieu des bois et des moustiques et s'y rappeler par l'influence du climat de la ........ des forces europennes qui ....... envoyes contre eux. Ce n'est pas qu'ils y soient invincibles mais il est ncessaire pour les vaincre d'une guerre si active, si continue pour ainsi dire, qu'elle ne leur laisst pas le temps de s'y reconnatre.

Il faudrait que de mois en mois, de nouvelles troupes arrivassent du continent et que les mmes vaisseaux emportent les blesss et les malades. Peut-on esprer une pareille activit et quelles sommes tout cela cotera ? Que d'hommes il y faut sacrifier ? Leur nombre il est vrai se rduit chaque jour, mais chaque jour aussi, il en nat plus ou moins. Une guerre moins active tranerait des annes, tandis qu'une guerre telle que je la conois serait termine peut-tre avant deux annes expires.

Les premiers pourparlers n'aboutiront autre chose qu' apprendre de leur propre bouche, (de celle du gnral Petion) (un des chefs rebelles, un des futurs successeurs de Dessalines), qu'ils avaient dcidment embrass le parti de l'indpendance et qu'ils avaient avec le gouvernement d'Angleterre, un trait d'amiti et de commerce. Le pavillon qu'ils ont adopt est de deux couleurs seulement (bleu et rouge) portes verticalement, la 1re le long du bton et la seconde ensuite. Il arrive dans le mme temps quatre amricains et quelques embarcations venant de Santiago de Cuba qui nous approvisionnent en farines et autres comestibles pour cinq six mois au moins.

Le 24 (11/09) nous apprenons l'vacuation de St Marc aprs capitulation, avec quelques btiments anglais qui se prsentent dans la baie au moment o cette ville tait dans un dnuement absolu de toutes subsistances. Le gnral d'Hrin qui y commandait, est fait prisonnier de guerre avec son tat-major; et les Anglais dbarquent au Mle-St-Nicolas, la garnison et la garde nationale, qui formaient ensemble un corps de mille hommes et plus, dont plus de la moiti de gardes nationales.

Ses prparatifs taient faits, ses richesses taient charges sur le ....... 'Le .........-.......'. A la rception de cette permission, il s'embarque sans diffrer et remet le commandement de la division au gnral Lavalette qui, ds le jour mme, annonce mensongrement dans une proclamation qu'il fait afficher qu'il n'tait pas dans l'intention du gouvernement d'vacuer cette ville et envoie St-Marc l'ordre de tenir bon.

-------------------------------------------------- 16 vendmiaire an 12 ---------------------------------------------

(9 octobre 1803)

Depuis le prcdent paragraphe, il s'est pass de grands vnements dans ce dpartement et Dieu sait ce qui se prpare pour la suite. A peine le gnral Sarrasin tait parti que le 1er fructidor (19/08), le gnral Lavalette entre en pourparlers avec les rvolts camps aux environs de cette ville.

Ils exigent au pralable qu'on abatte la potence que le gnral Rochambeau avait lev, il y a prs d'une anne; et la potence qui n'aurait jamais d tre leve et qui depuis longtemps n'tait plus qu'un monument de la faiblesse de l'arme, aprs avoir t pendant quelques temps le thtre de plusieurs atrocits, qui avaient plus servi irriter les esprits qu' les comprimer parce qu'il est difficile de n'en comprimer en ce genre parmi des hommes qui, comme les rvolts, pouvaient se parler de tout, vivre au milieu des bois et des moustiques et s'y rappeler par l'influence du climat de la ........ des forces europennes qui ....... envoyes contre eux. Ce n'est pas qu'ils y soient invincibles mais il est ncessaire pour les vaincre d'une guerre si active, si continue pour ainsi dire, qu'elle ne leur laisst pas le temps de s'y reconnatre.

Il faudrait que de mois en mois, de nouvelles troupes arrivassent du continent et que les mmes vaisseaux emportent les blesss et les malades. Peut-on esprer une pareille activit et quelles sommes tout cela cotera ? Que d'hommes il y faut sacrifier ? Leur nombre il est vrai se rduit chaque jour, mais chaque jour aussi, il en nat plus ou moins. Une guerre moins active tranerait des annes, tandis qu'une guerre telle que je la conois serait termine peut-tre avant deux annes expires.

Les premiers pourparlers n'aboutiront autre chose qu' apprendre de leur propre bouche, (de celle du gnral Petion) (un des chefs rebelles, un des futurs successeurs de Dessalines), qu'ils avaient dcidment embrass le parti de l'indpendance et qu'ils avaient avec le gouvernement d'Angleterre, un trait d'amiti et de commerce. Le pavillon qu'ils ont adopt est de deux couleurs seulement (bleu et rouge) portes verticalement, la 1re le long du bton et la seconde ensuite. Il arrive dans le mme temps quatre amricains et quelques embarcations venant de Santiago de Cuba qui nous approvisionnent en farines et autres comestibles pour cinq six mois au moins.

Le 24 (11/09) nous apprenons l'vacuation de St Marc aprs capitulation, avec quelques btiments anglais qui se prsentent dans la baie au moment o cette ville tait dans un dnuement absolu de toutes subsistances. Le gnral d'Hrin qui y commandait, est fait prisonnier de guerre avec son tat-major; et les Anglais dbarquent au Mle-St-Nicolas, la garnison et la garde nationale, qui formaient ensemble un corps de mille hommes et plus, dont plus de la moiti de gardes nationales.

Le 28 (15/09), le capitaine St Guirons, adjoint l'tat-major du gnral Lavalette, arriva du Cap o ce gnral l'avait envoy, le 6 de ce mois (24/08) porter des paquets au gnral Rochambeau, il en rapporte la nouvelle du dpart pour France ou pour les Etats-Unis, des gnraux Claupet, Laparde, Chouvenot et Jules, tous employs au Cap et impliqus de fait ou dans un commerce de caf avec les insurgs, aspect peu dlicat mais trs avantageux pour eux au surplus; tel est le bruit. Quelle fut la vritable cause de cette disgrce apparente, le public l'ignore. Les bruits chargent en outre le gnral Rochambeau d'atrocits de toutes espces, tels que fusillades, noyades l'occasion de la jalousie ......... qu'il avait conu pour la favorite la dame Parotey ..... ce dont on ne pouvait se douter, c'est que l'adjudant Veraud est dans la plus haute faveur et qu'il est tout la fois, commandant de la garde du gnral, commandant de la garde nationale du Cap et commandant de la place avec les moluments surtout, attachs la charge de ces places. La confiance, tant chez les habitants que chez les soldats.

Les chefs de l'arme, enrichis, craignaient de hasarder au sort d'une bataille le fruit de leurs brigandages de leurs concussions. L'migration des habitants de cette ville, hommes et femmes, tait journalire ; ils partaient par convois de 8 et 10 btiments de 15, 25, 80 et 100 tonneaux, qui, outre les marchandises et effets de toute espce, emportaient avec eux, 3 et 4 et 5 cents personnes. Ces convois se sont rpts dix douze fois, et chaque fois, ils versaient entre les mains du gnral commandant la division, pour la permission de lever l'ancre, 3, 4 et 5 mille gourdes au moins, indpendamment des passeports qui se sont vendus aux hommes jusqu' 15 et 20 portugaises (120, 150 et 160 gourdes). Le moins 50 gourdes et plus de 600 hommes taient partis ..... ..... de la rcolte que cette migration a pu valoir aux gnraux Sarrasin et Lavalette, au commandant de la Place Paniste, au capitaine du port Massard, au commandant de la rade Dubuisson et au commandant du fort ....... car il fallait payer partout si on voulait aplanir toute entrave. Cette migration avait achev de dsorganiser la garde nationale. C'est dans cette tat de choses que, sans doute, le gnral Lavalette avait reprsent la situation de la ville au gnral en chef qui, pour rponse ce qu'il parat, lui laissa les plus amples pouvoirs de prendre le parti qui lui semblerait le plus convenable.

Le gnral Lavalette n'tait pas embarrass sur le parti qui pouvait lui tre au moins le plus agrable et la majorit des officiers de l'arme, mais il le fut sur le prtexte lui donner. Son unique embarras tait d'vacuer la ville approvisionne pour au moins quatre mois et garnie de 3000 hommes de troupes acclimates en y comprenant la garde nationale.

Dessalines pressait la ville de tous cots; Lavalette, s'il eut t un peu plus, homme de guerre et s'il eut moins craint de s'exposer au hasard de la moindre affaire, qui ne pouvait tre douteuse contre un pareil ennemi, lorsqu'on le connat, eut pu facilement le dbusquer de ses cantonnements et l'obliger se retirer dans les doubles montagnes. Mais, loin de cela, loin de faire aucune disposition qui eut pu ranimer le courage de ses troupes toutes excellentes, toutes acclimates, toutes aguerries avec l'ennemi qu'elles avaient combattre, il affectait une circonspection rflchie dans ses moindres mouvements, propres refroidir encore le courage de ses troupes que le dgot de leurs officiers pour un pays o ils manquaient de tout et o ils voyaient que le but de l'expdition tait manqu ou plutt n'avait jamais t l'objet des mouvements des chefs, avait jet dans une sorte de dcouragement pire que l'effroi et la terreur qui ne glacent qu'un moment l'esprit du soldat, lorsqu'il est habilement et utilement conduit.

Le gnral Lavalette semblait s'occupait du dessein de fortifier un poste qui depuis longtemps eut d l'tre sur le morne (petite montagne escarpe) de l'habitation Chauchirelle, dite Pell et qui faute de retranchement, la garde qu'on y plaait le jour, tait oblig d'abandonner la nuit et qui mme depuis quelques mois, les ennemis avaient forc d'abandonner totalement par les inquitudes qu'ils ne cessaient de lui donner. Ce poste tait trs intressant, plac sous les canons de la ville, il clairait le chemin au del, jusqu'au poste Drouillard et assurait de plus en plus la communication de la Croix-des-Bouquets dont les convois taient le plus souvent inquiets par les embuscades que les rvolts plaaient le long des haies de l'habitation Chautherille. Les rvolts se rassemblaient en grand nombre aux environs de cette ville. Les gnraux Dessalines et Petion s'y trouvaient en personne.

On savait qu'ils avaient le projet d'enlever, s'il leur tait possible, les postes de la Plaine

(Bourgogne, Santo, Damiens et Drouillard et d'intercepter ainsi toute communication entre la Croix-des-Bouquets et cette ville.

Le gnral Lavalette pouvait disposer de 1500 2000 hommes, s'il eut t un homme de guerre ou s'il eut sous ses ordres un officier qui l'eut t, il pouvait avec ces forces bien conduites, renverser tous les projets de Dessalines et de Petion qui ne commandaient que trois quatre milles ngres mal disciplins et nouvellement enrgiments. Le gnral Lavalette s'tait port le 30 fructidor (17/09) la tte de quelques compagnies sur le morne Pell et en avait chass les ngres qui tentaient de s'y tablir, les habitants de cette ville qui connaissaient l'esprit des ngres eussent dsir que, non content de les avoir chass de ce mornet, ils les eut poursuivis en force, tant ils taient persuads qu'avec cet ennemi, il ne faut jamais s'arrter un demi succs. Peut-tre se rservait-il de leur montrer ce dont lui et le chef de la 5me demi brigade lgre (Lux), taient capables de faire. Il donne l'ordre cet officier d'amener le lendemain de la Croix-des-Bouquets la ville 400 hommes de la 5me demi brigade. Lux se met en mesure d'excuter cet ordre; il parvient sans obstacle avec la colonne de 400 hommes et une cinquantaine de malades par des cabrouets (chariots destins au transport de la canne) la hauteur de l'habitation Sartre; mais l, il trouve la route intercepte par un corps de troupes ennemis considrable, il entre au poste Damiens, il y met les malades en sret et tire trois coups de canon distance rgle en signal de son embarras. Ce signal tait convenu entre lui et le gnral Lavalette, estime-t-on. Mais ce gnral, l'avis qu'il en reut, se contente de s'avancer en reconnaissance avec les grenadiers de la 89me jusqu'au morne Pell o il coute pendant quelques temps et n'entendant aucun bruit d'armes sur le chemin, rentre en ville sans se mettre davantage en peine de ce qu'il pouvait en tre.

Comptant sur une diversion de la part de la ville qui trs certainement eut lev tous les obstacles qui se prsentait lui, le chef de brigade Lux se met en marche avec la colonne, trois heures aprs son dernier coup de canon d'alarme, il s'avance avec confiance au travers des jardins de Damiens et de Sartre dans l'intention d'arriver au poste Drouillard par le chemin de communication qui y tait ouvert sur l'habitation Blanchard; il ignorait que ce poste tait dj en la possession de l'ennemi.

Il culbute tout ce qui se prsente sur son passage, mais son arrire garde, vivement attaque dans les jardins de Sartre, qui prouva le fcheux accident de voir sauter le caisson qui accompagnait la pice et d'tre ainsi forc abandonner cette pice. Elle se hte de se rallier au gros de la colonne qui dj tait entre sur l'habitation Blanchard et suivait le chemin de communication qui conduit au poste Drouillard.

Un peu de confusion se met dans la colonne qui bientt se vit assaillir de toutes parts par la foule des ennemis, (des officiers disent leur avoir compt 14 bataillons; ce qui supposerait prs de 6 7 milles hommes; peine taient-ils la moiti de ce nombre; on peut en juger srement par ce dont ils ont fait montre leur entre au Port Rpublicain aprs l'vacuation o tout au plus leur arme s'levait de 4 5 milles hommes). La pice de canon de l'avant-garde s'engage dans la vase d'une rigole. Lux se voit forc de l'abandonner; ainsi la dbandade se met parmi sa troupe dont peine deux cents se rallient et entrent en corps de troupe au Port Rpublicain sur les quatre heures du soir, ils avaient mis cinq heures faire une lieue et demi de chemin de l'habitation Damiens la ville. Plusieurs officiers et soldats excds de fatigue, arriveront dans le reste du jour la ville o on en vit quelques uns tellement frapps de frayeur qu'ils moururent en arrivant dans des troupes cruelles, se croyant tombs entre les mains des ngres.

Cette affaire cote la division sous les ordres du gnral Lavalette, outre la perte en tus et blesss qu'on peut porter prs de 200 hommes, celle des garnisons des postes Drouillard, Damiens qui en masse formaient au moins cent cinquante hommes; des garnisons de Santo, Bourgogne et du reste de celle de la Croix-des-Bouquets qu'on estime prs de trois cents hommes. Bourgogne et la Croix-des-Bouquets vacurent, la nouvelle de cette affaire, par la ci-devant partie espagnole ; mais Drouillard, Damiens, Santo et le poste de la Grande-Rivire se rendirent l'arme ennemie.

La perte du cot des rvolts, pas trs considrable. Quelques hommes qui se trouvaient parmi eux l'estiment quatorze cents hors de combat. Que n'eut-elle pas t si le gnral Lavalette, la tte de sept huit cents hommes de la garnison de la ville, comme il l'aurait pu, avait tent la plus lgre diversion de son cot. D'aprs les reproches qu'il a su qu'on lui faisait cet gard et a provoqu un conseil de guerre .?... que sa conduite, en cette occasion, y fut discute, le chef de brigade Lux par mnagement mal entendu et contraire la vrit, a omis dans la relation, de faire mention des trois coups de canon d'alarme qu'il avait fait tirer Damiens. Quel a t le rsultat du conseil de guerre ?

C'est ce qui n'est pas connu mais il ne faut pas tre grand homme de guerre pour prononcer en pareille occasion, surtout lorsqu'on connat l'ennemi auquel on avait faire.

Le lendemain, deux complmentaire (19/09), deux blancs rests au bourg de la Croix-des-Bouquets apportent au gnral Lavalette une sommation de la part du gnral Dessalines, d'avoir se rendre au nom de l'humanit parce qu'il tait dans le dessein d'attaquer la ville par tous les moyens sa disposition. La rponse du gnral Lavalette fut ce qu'elle devait tre mais sa conduite le dmentit bientt.

Les magasins taient remplis pour trois mois au moins, on venait mme au secours de la ville qui ne consommait pas plus de 8 9 barils de farines par jour. La garnison pouvait peine en consommer autant. C'tait cette abondance qui causait tout l'embarras du gnral Lavalette. L'vacuation tait arrte dans son esprit mais comment la faire dornavant les magasins pleins et la tte d'une garnison encore de deux milles cinq cents hommes y compris ceux qui restait encore de la garde nationale qui pouvait s'lever sept huit cents hommes et ds lors capable de rsister efficacement derrire ses remparts aux forces que l'ennemi eut pu dployer contre ..... .... avait pour exemple la rsistance de Logane , celle de Jacmel, bloque la porte du pistolet depuis prs d'un an, brisant encore tous les efforts de l'arme indigne.

Le prtexte le plus plausible donner l'vacuation qu'il mditait tait le dfaut de subsistances.

Bientt il disperse tout en consquence ou sme dans la ville la crainte d'une prochaine disette dans l'intention de dcider les personnes aises se munir par prcaution de divers articles de subsistance et en diminuant par ce moyen la quantit qui se trouve en vente chez les marchands. Dans le mme temps on vendait une partie du magasin et on en transportait les articles enlevs dans les maisons particulires en ville o l'on se proposait de les vendre ceux qui auraient voulu ... .. ....

Les choses taient dans cet tat, le fort Biroton tait bloqu aux moyens des deux pices de canon que les rvolts avaient tabli sur un mamelon voisin et qui battaient l'embarcadre o il fallait descendre pour se ravitailler. Le 4 vendmiaire an 12 (27/09/1803), les rvolts dmasqurent le mornet Phlipeau demi porte du poste de la Coudrire, une batterie d'une pice de huit avec laquelle ils commencrent inquiter cette partie de la ville.

Le sept (30/09) le gnral Lavalette assemble un conseil de guerre, il y peint la ........ de presse o se trouve la ville, il y insiste et s'extasie sur ce qu'il appelle le tact de Dessalines que l'on ne considre en ville que comme une preuve de l'intelligence qui rgnait entre eux, et lui demande son avis sur la position o se trouve la place et la garnison. Le capitaine Frotable s'lve contre le parti pris d'vacuer Biroton qu'on pouvait ravitailler si on jugeait pouvoir l'vacuer et le chef de bataillon Berge fait sentir que la division n'a se plaindre que des mesures qui depuis plusieurs mois acheminaient les choses vers l'tat o elles sont, il fit entendre que c'tait particulirement la dislocation de la garde qu'on devait l'attribuer et par une consquence ncessaire ceux qui faisaient commerce de passeports et de permissions de dparts ; que la dsorganisation de la garde nationale avait ncessairement jet le dcouragement parmi les troupes tmoins du peu de confiance que les habitants avaient dans les chefs de l'arme. Sans arrter prcisment l'vacuation de la ville, o le gnral convenait qu'il pouvait tenir longtemps avec les forces qui s'y trouvaient, il est convenu dans cette assemble qu'on resserrera les postes et particulirement qu'on vacuera Biroton, si on ne peut le ravitailler, attendu qu'il se trouvait bloqu par l'ennemi au point de ne pouvoir ni le ravitailler, ni le rafrachir sans essuyer une fusillade et une canonnade mitrailles de la part de l'ennemi, qui pour la protection de son fort pouvait offrir le combat aux dtachements qu'on pourrait y envoyer. Ce fort fut en effet vacu le lendemain, huit (01/10) mais aprs une canonnade de 4 5 petits btiments de .... qui nettoya le bord de mer des ennemis qui se disposaient intercepter le chemin la garnison. Vers les sept heures du soir de ce mme jour, le commandant du Block-house Reconquis, qui dfendait au dehors le poste de la Porte de Logane, y mit le feu et le fit sauter sans ordre ce qu'affecte de dire le gnral Lavalette qui, l'arrive de cet officier chez lui, l'envoya sous escorte en prison en le menacant de le faire fusiller le lendemain. Cet officier, nomm Valleroi, ne tenait aucun corps et se trouvait employ par le gnral Lavalette, comme un homme sans consquence qu'il pouvait charger d'ordres verbaux et ...... .......... Il parat qu'il se justifia, il est certain au moins qu'il fut rendu la libert, le lendemain et qu'il conserva ses dcorations.

L'vacuation de ce block-house dcouvrait toute la ligne de la Porte de Logane La Poudrire.

L'ennemi allait invitablement s'y tablir, ces considrations, qui semblaient amenes dessein au moins clairvoyant, dcidaient le gnral Lavalette une prochaine vacuation. En consquence, ds le neuf (02/10), il entame des pourparlers cet gard, avec le gnral Dessalines qui consent une cessation d'hostilits et accorde une semaine entire pour l'vacuation de la division franaise, aux conditions par le gnral Lavalette de lui remettre les forts et les munitions de guerre, intacts, ce qui fut agr par le gnral. Les otages sont en consquences changs et le 12 (05/10) le gnral Lavalette assemble dans l'glise paroissiale les habitants de la ville pour leur faire part, de l'vacuation prochaine de la division sous ses ordres et leur donner de la part du gnral Dessalines, l'assurance que sret et protection seront accords ceux qui, pour une raison quelconque, ne pourraient suivre la division.

"Pauvres, nous sommes arrivs, s'cria-t-il et pauvres nous nous en retournons, mais avec la confiance que personne n'a se plaindre de la division." Oui reprirent les habitants. Le soldat et quelques officiers s'en retournent peut-tre plus pauvres que lorsqu'ils sont arrivs, mais il n'en est pas ainsi des officiers suprieurs et de tous ceux qui ont eu quelque .......... On n'a sans doute qu' se louer du soldat franais, mais que de vexations, que de concussions, que d'atrocits mme, n'a-t-on pas reprocher la plupart des officiers qui ont pris part au commandement de la division, des arrondissements, des places. Ds l'instant que l'vacuation eut t arrte pour le 16 (09/10), le sous-prfet Sarade se hta de dblayer le magasin, des comestibles qui s'y trouvaient. La vente s'en fit publiquement et le baril de farines se vendit, prix moyen au moins 20 gourdes. On estime le produit de cette vente 24 000 gourdes au moins. Les autres comestibles se vendirent aussi et produisirent au moins 8 10 milles gourdes. Le produit total de la vente des subsistances s'leva prs de 200 000 francs; je ne vous parle pas de cent autres articles, tels que planches, cordages, etc, etc qui furent vendus tout prix. Quelles destinations, le gnral Lavalette et le sous-prfet Sarade ont-ils donn au produit de cette vente ?

Enfin l'vacuation de Port-Rpublicain s'est effectue ce matin. Le convoi compos de sept btiments de commerce, quatre franais et trois amricains, de trois lgers btiments de l'Etat et de 15 20 petits btiments ..... embarcations de cabotage, a mis la voile de cette rade six heures du matin emportant avec lui le reste des troupes de la division qui pouvaient former tant sains que malades un corps de dix sept dix huit cents hommes de la ville, tant gardes nationales, qu'appartenant l'ordre judiciaire et l'administration de la Marine et peut-tre cinq six cents femmes de toutes couleurs.

L'arme de Dessalines est entre presque au mme instant par trois colonnes, l'une par le chemin de la Croix-des-Bouquets, de mille quinze cents hommes, une autre par le chemin de la Charbonnire, de quinze cents deux milles hommes, et la troisime par la Porte de Logane, aussi de quinze cents deux milles hommes, tous gnralement assez bien arms et bien portants.

Ils ont form sur la place du Champ de Mars, un bataillon carr sur quatre rangs et en outre deux ailes dbordaient sur deux rangs dans la rue de la ....... (ci-devant Cond) de 160 200 files de chaque cot.

Voil les quinze milles hommes dont le gnral Lavalette se disait assig dans le Port-Rpublicain, et quels hommes ? Des cultivateurs nouvellement arms, des troupes qu'il savait par exprience ne pouvoir tenir en rase campagne et surtout tre incapable d'enlever, de vive force, le moindre poste, tous faits en retranchs et dfenses.

La suite des vnements m'a distrait jusqu' ce moment des ...... du pauvre M. Mauduit. Il a succomb, le 25 thermidor an 10 (13/08/1802), la fivre maligne et putride, si terrible aux nouveaux arrivs.

Je joins cette lettre, expdition de son acte de dcs. Le pauvre jeune homme tait arriv dans de fcheuses circonstances, il est mort dans de plus fcheuses encore. Il n'a pas eu un moment se louer d'un aussi long voyage. Pourquoi aussi, aime-t-on mieux en France, ajouter foi des rapports officiels et qui peut ignorer, combien ils sont vridiques, qu' des lettres particulires et surtout impartiales ?

-------------------------------------------------- 30 vendmiaire an 12 --------------------------------------------

(23 octobre 1803)

La scne est change, nous voil sous la domination des noirs une seconde fois ou si vous l'aimez mieux, nous voil la discrtion de ce qu'ils appellent l'arme indigne. Nous ne chicanerons pas sur les mots; qu'indigne soit synonyme de crole ou ne le soit pas, ce qui nous inquite en ce moment.

Mais il leur serait bien difficile de trouver dans leur arme un seul descendant des habitants de ce pays lors de sa dcouverte en 1492. L'entre de l'arme du gnral Dessalines n'a t suivie d'aucun dsordre, sauf quelques vnements particuliers encore en trs petits nombre, quelques chapeliers pills et une douzaine de blancs maltraits de coup de btons, par une patrouille particulirement que conduisait un homme de couleur nomm Lamare commandant la place du Petit-Goave qu'animait le ressentiment de l'emprisonnement de la ?.... en cette ville aprs la dfection en ventse an 11 (20/02 - 21/03 1803).

Le gnral Laug, aussi homme de couleur s'est galement laiss emporter dans un moment d'humeur frapper de son bton le citoyen Lefrere associ de la maison Grieu et Bion, partis pour le continent. On remarque avec chagrin que des hommes de couleur, seulement les deux nomms ci-dessus, se sont livrs de pareils excs, plus faits pour inspirer un sentiment de piti en ce moment, qu'un sentiment de haine ou de vengeance. Les peuples civiliss ont toujours respect leur ennemi terre. Les blancs sont bien terre ici, ils y sont dsarms, sans considration, sans influence et en trs petit nombre, peine en est-il rest 400; ce qui n'en suppose gure plus de 1000 1200 dans toute l'ancienne partie franaise indpendamment des troupes blanches que le gnral Dessalines peut y avoir en rserve d'aprs ce que l'on dit et qu'on porte 3 ou 4 bataillons. Le systme de l'arme indigne semble dj prononc, s'il faut en croire au pavillon de deux couleurs bleu et rouge seulement qu'elle a adopt et au langage que le gnral Dessalines a tenu le soir du jour mme de son entre un grand nombre de blancs qui s'taient rendu chez lui. Il leur dclara nettement que le but de l'arme qu'il commandait tait l'indpendance absolue de tout autre gouvernement que celui qu'elle allait tablir au milieu d'elle; que le principal tort de Toussaint Louverture tait d'avoir hsit dclarer cette indpendance, arrte du moment de l'vacuation de l'le par les Anglais. Nous ne connaissons rien encore de leurs arrangements avec le gouvernement anglais, seulement nous sommes tmoins que les Anglais agissent de concert avec Dessalines, pour forcer les Franais vacuer entirement cette le. Le Port de Paix et Les Cayes ont t vacus presque en mme temps que cette ville, le 25 vendmiaire (18/10). Il ne reste plus aux franais que le Cap et le Mle St Nicolas dans l'ancienne partie franaise de cette colonie. Santiago et Santo Domingo dans la ci-devant partie espagnole.

Le 21 de ce mois (14/10), il est entr en ce port une golette et un trois mats amricain. La golette avait, dit-on apport des ...... Jrmie. Le trois mats ..... ....., expdi de Philadelphie ..... avec un chargement de comestibles venait des ...... ou des ....... l'avaient conduit. On dit que Dessalines se plut faire voir ce capitaine qu'il tait rest un grand nombre de blancs au Port-Rpublicain. C'est ce qui m'a rassur, lui rpondit, ajoute-t-on, ce capitaine ...... vous amnera d'autres btiments et donnera de l'activit votre ..... cette nouvelle va encourager les armements pour cette ..... .... Trois jours aprs cet entretien, le gnral Dessalines a livr l'impression un rapport de son expdition sur le Port-Rpublicain. J'en joins ici un exemplaire ainsi que de la rponse vraie ou suppose du commissaire Alphonse Colbert au gnral Rochambeau, que le gnral Dessalines a galement cru devoir publier comme contenant des aveux prcieux sa cause, tels que les reproches bien mrits des atrocits commises par les gnraux franais. Nous ignorons encore quel parti l'administration de l'arme indigne prendra l'gard des biens des propritaires absents du pays par une cause ou par une autre. Seulement nous la voyons en ce moment rechercher les proprits des personnes parties dans ces dernires circonstances et les mettre sous sa main sauf faire droit aux rclamations fondes, c'est dire qui se trouveraient conformes aux principes de fiscalit ou d'expropriation qu'elle pourra adopter. Le gnral en chef Dessalines est parti hier pour le Cap o il rassemble des forces nombreuses, 3 4 milles hommes au moins, sont partis d'ici, assure-t-on pour grossir les troupes qui dj en forment le sige et qu'on estime en pareil nombre, au moins aussi.

L'arme indigne se compose d'un gnral en chef et de six gnraux de division, de douze gnraux de brigade et de 24 chefs de demi-brigades, les unes de trois les autres de deux bataillons. On peut l'estimer dans toute la colonie de 25 30 milles hommes arms. Il se loue, comme vous le verrez, des procds du gnral Lavalette qui lui a laiss les armements de cette ville et de la Croix-des-Bouquets bien garnis.

On porte plus de 100 milliers la poudre qu'il y a trouv et les fusils au nombre de 16 20 milles.

On disait hautement lors des prparatifs de l'vacuation que le gnral Lavalette lui avait vendu les approvisionnements en ..... d'Espagne .... d'Angleterre.

On prtend, ...... des trois mats ...... que les Anglais .'approvisionnent en munitions de guerre ........ grandement. Je ne lui ..... t que par les .... ..... ....... on a pu le convaincre par les munitions trouves par les ..... ..... affaires.... et la chose n'est que trop vraie. La perte de ....... tait dcide dans l'esprit des chefs de l'expdition. Je joins cette lettre le procs-verbal de l'tat de votre habitation et mes ....... relatives ma demeure ici.

J'ai l'honneur de vous souhaiter et tous ceux qui vous intressent, une sant florissante et ?.. avec respect.

Ainsi s'achve la lettre trs abme de Pelage Marie Dubos, probablement massacr entre le 16 et le 25 mars 1804.












































- 16 juillet 1802 :

La nouvelle du rtablissement de l'esclavage parvient St Domingue.

La rbellion des noirs se gnralise,

Dsertions des chefs noirs et multres Dessalines, Ption et Christophe,

Dbut des massacres et des atrocits.

La fivre jaune fait des ravages dans le corps expditionnaire

- 2 novembre 1802 : Mort du gnral Leclerc par la fivre jaune. Rochambeau, son successeur dsign, prend le commandement, les atrocits redoublent

- 7 avril 1803 : Mort en exil de Toussaint Louverture

- 30 avril 1803 : La France vend la Louisiane aux Etats-Unis pour 80 millions

- 18 mai 1803 : Unification des chefs rvolts, Dessalines en devient le gnral en chef

Rupture entre la France et l'Angleterre, celle-ci change d'attitude vis vis des forces noires et s'en fait des allis

- 18 juin 1803 : Blocus de l'le par la flotte anglaise

- octobre 1803 : Dessalines occupe l'ensemble des villes de la partie occidentale sauf le Cap

- 18 novembre 1803 : Dfaite franaise Vertires

- 30 novembre 1803 : Rochambeau vacue du Cap, le reste du corps expditionnaire, celui-ci est fait prisonnier de guerre par les forces anglaises. Rochambeau ne sera libr qu'en 1811

- 01 janvier 1804 : Proclamation de l'indpendance de "Hati" (l'ancien nom indien) aux Gonaves par Dessalines

-22 septembre 1804 : Dessalines se fait proclamer Empereur, (Jacques Ier), l'instar de Napolon Ier

- 16 - 25 mars 1804 : Devant la menace de la partie ex-espagnole de St-Domingue, reste aux mains des Franais et soutenus par les Espagnols, avec esclavage rtabli : massacre gnral par Dessalines des 2 3000 blancs restants y compris femmes et enfants

Date probable de la mort de Pelage Marie Dubos

- 17 octobre 1806 : Assassinat de Dessalines par ses lieutenants

Le roi Christophe (Henri 1er) lui succde au nord, Ption est prsident au Sud

- 8 novembre 1808 : Les Espagnols reprennent la partie orientale de St-Domingue jusque en 1821

- 6 juillet 1809 : Capitulation des derniers Franais Santo Domingo

- 1822 : Leur successeur unique Hati, J.P. Boyer, envahie la partie espagnole

- 1825 : La France entame des pourparlers pour la reconnaissance de l'indpendance d'Hati, moyennant une indemnit aux planteurs de 150 millions

- 1838 : La France reconnat l'indpendance d'Hati et rduit l'indemnit 90 millions

- 1844 : Scession de la partie ex-espagnole, qui devient Rpublique Dominicaine

- 1893 : Hati solde l'indemnit de 90 millions, en se ruinant

Rochambeau
















Toussaint Louverture










































Bibliothque municipale de Nantes
Troisime compilation du
code noir
rdig par
le jeune professeur de droit
Jacques Dubos
g de moins de 26 ans
et publi en 1743.




















Muse d'Hati

Le serment des anctres
peint en 1822
Reprsentation de la rencontre
du chef des multres Alexandre Ption
et du gnral noir Jean Jacques Dessalines scellant leur alliance, en novembre 1802,
pour chasser les troupes franaises.

II . 1 - L'Arbre Gnalogique de Guy Robin